Yémen : Préoccupation face à la dégradation de la situation humanitaire et sécuritaire [en]

Yémen
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 15 mai 2019

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier chaleureusement l’Envoyé spécial Martin Griffiths, le Secrétaire général aux affaires humanitaires Mark Lowcock et la Directrice exécutive de l’UNICEF, Henrietta Fore, pour leurs interventions particulièrement éclairantes. Je remercie également le président péruvien du comité compétent du Conseil pour sa présentation.

Je souhaite revenir aujourd’hui sur trois points plus particulièrement.

1/ Je souhaite d’abord réaffirmer ici avec force le plein et entier soutien de la France aux efforts inlassables de l’Envoyé spécial Martin Griffiths, ainsi que du Général Lollesgaard avec qui nous aurons tout à l’heure un échange.

Nous saluons l’annonce par les Nations unies de l’engagement du redéploiement des forces en présence dans les ports de Hodeida, Salif et Ras Issa. Le général Lollesgaard s’est rendu sur le terrain pour vérifier ce redéploiement. Ces mouvements constituent un signal encourageant pour la mise en œuvre complète des accords conclus entre les parties yéménites. Nous avons toute confiance dans les équipes des Nations unies qui vont surveiller ce redéploiement, lequel s’inscrit dans la phase 1 du plan agréé par les parties à Stockholm. Nous appelons les deux parties à respecter leurs engagements sans chercher à tirer avantage des premiers mouvements de redéploiement.

Dans le même temps, nous condamnons fermement les attaques de drones menées hier contre des installations pétrolières saoudiennes, revendiquées par les Houthis. Ces attaques sont inacceptables. Nous appelons toutes les parties à s’abstenir d’une escalade susceptible de menacer la mise en œuvre d’une solution politique au conflit yéménite et restons préoccupés par la persistance de la menace liée aux transferts d’armements.

Tout en encourageant les efforts en cours, nous devons rester particulièrement vigilants et mobilisés. Beaucoup reste en effet à accomplir. Nous réitérons à cet égard notre soutien à la Mission des Nations unies en appui sur l’accord sur Hodeïda (MINUAAH), déployée en janvier. Sa présence sur le terrain est décisive pour observer et faciliter le redéploiement, comme le prévoit la résolution 2452 de ce Conseil. C’est dire combien le renforcement de la présence de l’ONU sur place est essentiel. Il est important dans ce cadre que le reste des observateurs prévus par le mandat de la mission puissent arriver rapidement. Et il appartient aux parties d’assurer la sécurité et la libre circulation des personnels de l’ONU.

2/ Le respect relatif du cessez-le-feu à Hodeïda ne doit toutefois pas nous faire perdre de vue la gravité de la situation dans le reste du pays. Nous restons – et ce sera mon deuxième point – gravement préoccupés par la poursuite de la dégradation de la situation sur les plans humanitaire et sécuritaire. L’intensité des hostilités a augmenté partout sur le reste du territoire – je pense notamment à la province de Dhale’a, qui fait face à une escalade militaire préoccupante. Dans le même temps, et comme l’ont rappelé Marck Lowcock et Henrietta Fore, la situation humanitaire, déjà dramatique, s’aggrave encore, avec notamment une augmentation du nombre de déplacés.

Je souhaite réaffirmer tout notre soutien aux acteurs humanitaires, aux personnels de l’ONU et de la société civile, qui travaillent sans relâche et avec un courage exemplaire pour soulager les souffrances de la population yéménite et qui doivent être eux-mêmes protégés. Il est impératif et urgent que l’accès humanitaire et l’acheminement des biens commerciaux soient garantis par les parties. Plus de 24 millions de Yéménites ont besoin de cette aide et le risque de famine, comme celui d’une résurgence de l’épidémie de choléra, est croissant. Il est indispensable de lever tous les obstacles à cet accès, notamment bureaucratiques.

Le PAM a enfin pu accéder aux meuneries de la Mer Rouge, ce qui est une bonne nouvelle et prouve qu’il est possible pour les parties d’agir de manière responsable afin de répondre aux impératifs humanitaires Nous entendons également l’appel de Mark Lowcock, qui est essentiel : les contributions financières annoncées doivent être effectivement versées pour répondre à l’urgence humanitaire.

Je souhaite souligner notre inquiétude particulière concernant la situation des enfants au Yémen. Les enfants sont non seulement parmi les premières victimes du conflit, mais ils restent aussi recrutés et utilisés à grande échelle. Il faut donc intensifier notre action pour la protection des enfants dans le conflit yéménite. Il est impératif pour cela de protéger les écoles et d’inciter les enseignants et le personnel éducatif à poursuivre ou reprendre leur travail, dans de bonnes conditions. Je tiens à saluer à cet égard le travail fondamental réalisé par l’UNICEF, sous votre impulsion Madame la Directrie exécutive, qui a par exemple permis de réhabiliter six écoles à Lahj et de rémunérer en quelques mois plus de 100 000 professeurs et membres du personnel éducatif, dans 11 gouvernorats. Je souhaiterais ici faire écho à l’appel lancé par Mme Fore.

3/ Enfin, et je conclurai par ce point, soyons bien conscients que la relance dès que possible du processus politique est indissociable des efforts en cours et demeure l’objectif prioritaire à atteindre. Il est crucial pour ce faire que les parties maintiennent leur engagement auprès de l’Envoyé spécial et du Général Lollesgaard, et jouent un rôle responsable et constructif.

Les premiers résultats obtenus à Hodeïda doivent permettre de recréer une dynamique vertueuse vers une solution politique et de tisser des liens de confiance entre les parties. La solution militaire dans ce contexte est moins que jamais une option.

La relance des discussions sur un accord politique global et inclusif, tenant compte de la diversité des acteurs yéménites, tant politiques que de la société civile, est la seule véritable perspective pour mettre un terme au conflit et à la crise humanitaire qui en est la conséquence. Après avoir adopté à l’unanimité les résolutions 2451 et 2452, ce Conseil doit peser de tout son poids pour encourager la dynamique enclenchée à Stockholm. Notre mobilisation collective et l’unité réelle du Conseil dans le soutien aux efforts de l’Envoyé spécial sont notre meilleur atout sur ce chemin. Alors sachons utiliser cette unité comme un levier vers la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 15/05/2019

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