Yémen : l’unité du Conseil de sécurité est notre atout le plus précieux [en]

Situation au Yémen
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 15 avril 2019

Monsieur le Président,

Je remercie vivement nos quatre intervenants pour leurs présentations très éclairantes et tiens à mon tour à saluer la présence parmi nous de Monsieur Norbert Röttgen, Président de la Commission des Affaires étrangères du parlement allemand. Je souhaite aujourd’hui revenir sur trois points :

1/ D’abord pour réaffirmer, et réaffirmer avec force, le soutien de la France aux efforts inlassables de l’Envoyé spécial et du Général Lollesgaard au sein du RCC (Comité de coordination et de redéploiement) et à la tête de la MINUAAH.

Il faut le marteler, seule une solution politique est à même de mettre fin au conflit au Yémen. Nous passons des messages en ce sens à l’ensemble de nos interlocuteurs y compris régionaux. L’Envoyé spécial nous l’a dit et nous partageons son analyse : la fenêtre d’opportunité pour mettre fin au conflit est toujours ouverte et doit être saisie de toute urgence par les parties.

Nous apportons ainsi tout notre soutien aux propositions présentées au Gouvernement yéménite et aux Houthis visant à faciliter la mise en œuvre de l’accord sur Hodeïda. Nous appelons les deux parties à respecter leurs engagements et à débuter sans délai les opérations de redéploiement, sans chercher à exploiter les mouvements qui pourraient être effectués par l’autre partie. L’obtention de résultats à Hodeïda doit en effet permettre de recréer une dynamique vertueuse vers une solution politique, ainsi que de tisser des liens de confiance entre les parties qui sont absolument impératifs. La solution militaire, dans ce contexte, est moins que jamais une option.

2/ Nous restons néanmoins très inquiets concernant la situation sur le terrain – il s’agit de mon deuxième point. Si la relative préservation du cessez-le-feu à Hodeïda est un développement positif qu’il faut saluer en tant que tel, l’intensité des hostilités a augmenté partout sur le reste du territoire et la situation humanitaire y reste extrêmement préoccupante. Les parties doivent donc maintenir leur engagement auprès de l’Envoyé spécial et du Général Lollesgaard, en jouant un rôle responsable et constructif, pour ne pas mettre en péril le processus.

Dans cette situation, le rôle de la MINUAAH [mission des Nations unies en appui à l’accord d’Hodeïda], déployée en janvier, et le renforcement de la présence de l’ONU sur place sont essentiels. Il est important que le reste des observateurs prévus par le mandat de la mission puissent arriver dans les meilleurs délais. Il est attendu des parties, conformément à leurs engagements, qu’elles assurent la sécurité et la libre circulation des personnels de l’ONU.

Les parties doivent aussi faire tout le nécessaire pour que les acteurs humanitaires puissent travailler en sécurité et bénéficier des accès nécessaires. Les blocages bureaucratiques, les menaces, le harcèlement, les arrestations et les campagnes de diffamation, notamment à Sanaa, doivent impérativement et immédiatement cesser. Il faut également protéger les infrastructures – surtout les hôpitaux, endommagés par les hostilités à Taëz et à Saada – et les écoles, où les enfants sont particulièrement exposés.

Je souhaite attirer votre attention sur la situation des enfants au Yémen. Parmi les premières victimes du conflit, les enfants sont recrutés et utilisés à grande échelle. Le prochain rapport du Secrétaire général sur le sujet devrait nous fournir un éclairage sur cette situation inacceptable. Au Yémen comme dans les autres situations de conflits, notre responsabilité commune est de tout entreprendre pour mettre un terme aux six violations graves contre les enfants en particulier.

3/ Après l’espoir suscité par les accords de Stockholm, l’impact sur les populations d’un nouvel échec du processus engagé serait catastrophique et nous ramènerait en territoire inconnu. Il est donc urgent d’obtenir des progrès dans la mise en œuvre de l’accord de Stockholm, pour créer la confiance nécessaire à la reprise des discussions en vue d’un accord politique global. Mais le processus politique ne peut être conditionné seulement à la mise en œuvre de l’accord sur Hodeïda : les deux doivent avancer en parallèle, afin de nourrir une vraie dynamique.

La relance des discussions sur un accord politique global et inclusif, tenant compte de la diversité des acteurs yéménites, politiques bien sûr, mais également ceux issus de la société civile, est la seule véritable perspective pour mettre un terme aux souffrances de la population yéménite. L’attention particulière que l’Envoyé spécial porte au rôle des femmes yéménites est de ce point de vue essentielle : le renforcement de l’association des femmes aux discussions de paix, ici comme ailleurs, est une condition du succès.

Ce Conseil, après avoir adopté à l’unanimité les résolutions 2451 et 2452, doit à tout prix éviter le piège qui consisterait à laisser retomber l’espoir engendré à Stockholm - nous ne pouvons tout simplement pas nous le permettre. Notre mobilisation collective est au contraire plus nécessaire que jamais. Et dans ce chemin exigeant vers la paix au Yémen, l’unité du Conseil de sécurité est notre atout le plus précieux. Ce n’est pas le cas on le sait sur toutes les crises, pour le dire de manière très diplomatique. Alors sachons utiliser cette unité comme un levier pour mettre tout le poids du Conseil de sécurité au service d’une solution politique qui aujourd’hui, malgré l’ampleur des difficultés, est à portée de main.

Je vous remercie.

Dernière modification : 18/04/2019

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