Yémen : la France appelle à la tenue de nouvelles discussions politiques [en]

Yémen
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité – 9 janvier 2019

Monsieur le Président,

Je remercie l’Envoyé spécial du Secrétaire général Martin Griffiths et le Secrétaire général adjoint pour les affaires humanitaires, Mark Lowcock, pour leurs interventions très précises et éclairantes, mais aussi pour leur engagement exemplaire et celui de leurs équipes.

1/ Je reviendrai d’abord sur les progrès accomplis depuis l’adoption de la résolution 2451, qui a permis le déploiement rapide des premiers éléments de la mission de surveillance et de contrôle des Nations unies. Sur cette base, le Comité de coordination du redéploiement a tenu ses premières réunions fin décembre et début janvier, ce qui a permis des discussions entre les parties sur la mise en œuvre de la trêve et les retraits envisagés. C’est une première étape concrète en faveur de la désescalade, que nous saluons. Les discussions doivent maintenant se poursuivre, pour consolider cet acquis et progresser notamment sur le redéploiement des forces de la ville et du port d’Hodeida afin de renforcer la confiance entre les parties et de créer un cercle vertueux. Pour utiliser une métaphore sportive, il s’agit à présent de transformer l’essai.

Monsieur le Président,

2/ Cette dynamique positive ne doit pas nous faire oublier, comme l’a rappelé Marck Lowcock, que la situation humanitaire reste très préoccupante et qu’il y a urgence à aider la population yéménite – c’est mon deuxième point.
Alors que le Yémen fait face à la plus grave crise humanitaire contemporaine, avec plus de 24 millions de personnes dépendant de l’assistance humanitaire, avec aussi des risques de famine et d’épidémies toujours très élevés, il est essentiel que la dynamique positive à l’œuvre à la suite des pourparlers de Stockholm se traduise désormais sur le terrain. C’est un impératif en soi ; c’est aussi une condition du succès, pour que les populations concernées s’approprient le processus engagé. Nous rappelons à cet égard que toutes les parties sont tenues de respecter le droit international humanitaire, notamment s’agissant de la protection des civils, ainsi que le droit international des droits de l’Homme.

Malgré le dépôt de 200 millions de dollars par l’Arabie saoudite à la Banque centrale yéménite, que nous saluons, le cours du riyal s’est à nouveau inversé. Il nous faut donc poursuivre nos efforts sur le volet économique – c’est un point essentiel. Les accès humanitaires et commerciaux doivent également être garantis, y compris par l’artère vitale entre Hodeïda et Sanaa. Nous appelons les parties à faire preuve de responsabilité dans le cadre des discussions sur la réouverture de cet axe qui n’ont, pour l’heure, pas porté leurs fruits. Enfin, l’accès aux silos de la mer Rouge pour le Bureau de coordination des Affaires humanitaires et le Programme alimentaire mondial est essentiel, ainsi que l’acheminement, sans entraves ni détournements, des denrées vers les populations qui en ont besoin. L’accord sur Hodeïda, en diminuant les hostilités et en renforçant le fonctionnement des ports d’Hodeïda, Saleef et Ras Issa, doit permettre de faciliter l’aide et l’accès humanitaire. Sa pleine mise en œuvre est donc vitale, au sens propre, pour les populations concernées.

3/ Dans ce contexte, et ce sera mon dernier point, pour ce qui concerne le Conseil de sécurité, notre priorité immédiate est que la mission d’observation puisse disposer du mandat nécessaire pour travailler. En écho et en appui à ce que vient de dire ma collègue britannique, nous soutenons les efforts du Royaume-Uni en ce sens, et la perspective de l’adoption rapide par ce Conseil d’un projet de résolution opérationnel, pour permettre à la mission de réaliser pleinement son déploiement.

Dans ce contexte, il est plus important que jamais que le Conseil manifeste son unité et sa réactivité pour accompagner les efforts de Martin Griffiths et la mise en œuvre effective des accords de Stockholm sur Hodeïda. Fort de son unité, le Conseil de sécurité doit mettre tout son poids dans la balance.

Nous appelons parallèlement les parties à tout faire, pour leur part, pour faciliter le travail de la mission des Nations unies, y compris en délivrant les visas et autorisations nécessaires et en assurant la sécurité du personnel de l’ONU sur le terrain.

Monsieur le Président,

Les progrès importants obtenus à Stockholm, endorsés par la résolution 2451, constituent une percée. Pour ce que cette percée marque le vrai point d’inflexion vers la fin du conflit yéménite, nous appelons de nos vœux la tenue dans les meilleurs délais de nouvelles discussions politiques sous l’égide de Martin Griffiths afin de prolonger l’élan né à Stockholm et de relancer les discussions sur un cadre politique global, parce que nous savons que c’est la seule solution durable au conflit au Yémen.

La France continuera, Monsieur le Président, à apporter, notamment au sein de ce Conseil, son plein et entier soutien à ces efforts.

Je vous remercie.

Dernière modification : 09/01/2019

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