Yémen : les progrès à Stockholm constituent potentiellement une percée [en]

Yémen
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Conseil de sécurité - 14 décembre 2018

Monsieur le Président,

Je tiens d’abord à remercier l’Envoyé spécial du Secrétaire général, Martin Griffiths, ainsi que le Secrétaire général adjoint Mark Lowcock pour leurs interventions, qui nous permettent de disposer d’un point de situation complet après les discussions de Stockholm.

1/ Je souhaite pour commencer joindre ma voix à celles des autres membres du Conseil pour saluer les efforts et l’engagement remarquables de l’Envoyé spécial Martin Griffiths, qui a su convaincre les parties de se réunir autour de la table des négociations et de mener à bien les discussions de Stockholm, dans un esprit véritablement constructif.
Permettez-moi de remercier également vivement le Secrétaire général des Nations Unies pour son engagement personnel, qui a réellement fait la différence.

La France salue l’engagement des parties, qui a permis d’atteindre ces premiers résultats positifs. Elle remercie chaleureusement le gouvernement suédois, qui a accueilli ces pourparlers, et l’ensemble des partenaires régionaux et internationaux qui ont apporté leur soutien aux discussions.

La tenue de ces pourparlers constitue en soi une première étape importante. Des avancées décisives ont été obtenues sur trois volets : l’échange de 4000 prisonniers ; un retrait des forces armées du port et de la ville d’Hodeïda dès les prochains jours et un cessez-le-feu dans toute la province ; et enfin la mise en place d’un mécanisme en vue d’une désescalade à Taëz. L’accord sur Hodeida notamment est essentiel pour avancer sur le chemin d’une cessation globale des hostilités. Sa mise en œuvre doit avoir un impact positif pour l’ensemble du pays, en facilitant la réponse humanitaire dont Mark Lowcock vient de souligner l’absolue nécessité.

2/ Monsieur le Président, les progrès importants obtenus à Stockholm constituent potentiellement une percée qui peut marquer le point d’inflexion vers la fin du conflit yéménite.

Les pourparlers de Stockholm montrent que la paix est possible au Yémen. Leur pleine mise en œuvre implique l’engagement résolu de tous et l’unité du Conseil de sécurité en appui de Martin Griffiths.

Ces progrès ne doivent pas faire oublier que le peuple yéménite est toujours plongé dans une situation d’urgence humanitaire, c’est mon deuxième point. Et je tiens ici à remercier Mark Lowcock et ses équipes pour leur travail exemplaire et pour leur message d’une grande force et clarté.

Alors que le Yémen connaît, comme l’a encore rappelé Mark à l’instant, la pire crise humanitaire du monde avec plus de 22 millions de personnes dépendant de l’assistance humanitaire, soit près de 75% de sa population, et un risque de famine toujours très élevé, la dynamique positive à l’œuvre à Stockholm doit maintenant se traduire dans les faits. Nous appelons toutes les parties à respecter leurs obligations au titre du droit international humanitaire, s’agissant en particulier de la protection des civils. Nous les appelons aussi au respect des droits de l’Homme. La France sera à la fois active et vigilante sur ce sujet.

Les discussions ont également permis de faire des progrès sur d’autres points cruciaux, comme la réouverture de l’aéroport de Sanaa et la mise en œuvre de mesures économiques pour redresser l’économie du pays : nous espérons que les discussions pourront se poursuivre très prochainement sur ces points, qui doivent converger pour créer la dynamique que nous recherchons.

Il est essentiel que les avancées de Stockholm aient rapidement un impact bénéfique sur le terrain pour les populations, afin de créer et d’entretenir cette dynamique de paix. C’est sans doute là que se joue en grande partie le succès du processus engagé. Nous appelons tous les Etats en mesure de le faire à continuer d’user de leur influence pour contribuer au respect, par l’ensemble des parties, des orientations qui ont été définies.

3/ Dans ce contexte, et c’est mon dernier point, il est plus que jamais essentiel de répondre aux demandes formulées par Mark Lowcock et Martin Griffiths.

Seule une solution politique sera à même d’assurer une paix durable et de mettre un terme à la catastrophe humanitaire en cours au Yémen. Nous appelons donc de nos vœux la tenue dans les meilleurs délais de nouvelles discussions politiques afin de prolonger sans attendre l’élan né à Stockholm.

Dans ce contexte, il nous paraît essentiel que le Conseil de sécurité mette tout son poids dans la balance. Notre réunion d’aujourd’hui démontre la forte unité du Conseil. Utilisons sans attendre cette unité comme un levier pour l’action en soutien aux efforts en cours.

C’est pourquoi nous sommes prêts à travailler dès à présent avec la plume britannique sur un projet de résolution mis à jour, visant à marquer notre soutien aux efforts de Martin Griffiths et aux résultats importants obtenus à Stockholm, mais aussi à répondre à l’urgence humanitaire en endossant les demandes de Mark Lowcock. Je souhaite faire écho sur ce point à ce que ma collègue britannique vient de dire. Ce projet de résolution marquera l’unité du Conseil et de la communauté internationale en soutien à l’action humanitaire et politique des Nations Unies. Nous sommes prêtes à avancer très rapidement sur le sujet, car comme l’a dit ma collègue britannique il n’y a pas une minute à perdre.

Soyez assurés, Monsieur le Président, chers collègues, de l’entière mobilisation de la France en soutien de la médiation des Nations Unies et en lien avec l’ensemble des interlocuteurs de la région.

Je vous remercie.

Dernière modification : 14/12/2018

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