Yémen : une solution politique négociée reste l’objectif à atteindre [en]

Situation au Yémen
Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies
Réunion du Conseil de sécurité – 19 février 2019

Monsieur le Président,

Je tiens d’abord à remercier le Représentant spécial du Secrétaire général Martin Griffiths et le Secrétaire général adjoint Mark Lowcock pour leurs interventions très éclairantes mais aussi pour leur engagement exemplaire et celui de leurs équipes.

Je souhaite brièvement revenir aujourd’hui sur les trois points suivants :

1/ D’abord, après les votes des deux résolutions et le déploiement de la Mission des Nations unies en appui à l’Accord d’Hodeïda sur le terrain, la priorité aujourd’hui est que les parties prenantes restent engagées en faveur de l’application des accords de Stockholm. Il est également essentiel que les parties assurent la sécurité et la sureté du personnel de la MINUAAH ainsi que sa libre circulation.

Des progrès tangibles ont été déjà accomplis et nous saluons à cet égard l’accord qui a eu lieu ce week-end dans le cadre du RCC (Comité de coordination et de redéploiement), sous l’égide du General Lollesgaard, sur la première phase du redéploiement ainsi que les discussions qui avancent sur l’échange de prisonniers. Ce sont des pas encourageants qui éloignent la menace d’un retour des hostilités. Les discussions doivent donc se poursuivre pour consolider les acquis, mettre en œuvre sur le terrain les opérations de redéploiement agréées ce week-end et progresser sur la phase 2 du redéploiement et l’échange de prisonniers. L’objectif est bien de renforcer la confiance entre les parties et de rendre le processus irréversible en créant une dynamique vertueuse.

La situation à Hodeida reste toutefois encore fragile, et les opérations militaires se poursuivent dans le reste du pays. Nous l’avons dit, nous restons préoccupés par la poursuite de ces opérations, ainsi que par la persistance de la menace liée aux transferts balistiques. Les parties doivent donc plus que jamais maintenir leur engagement avec l’Envoyé spécial et le Général Lollesgaard, en jouant un rôle responsable et constructif. Dans le cas contraire, des sanctions contre les personnes et entités faisant obstruction à la mise en œuvre de l’accord de Stockholm pourraient être prises.

2/ Comme l’a rappelé ma collègue britannique, ces progrès ne doivent pas nous faire oublier combien la situation humanitaire demeure préoccupante - c’est mon deuxième point, et je ne peux que faire écho sur ce sujet à ce qui vient d’être dit de manière éloquente par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires.

Les accords conclus à Stockholm doivent être pleinement traduits par un accès et un acheminement immédiats, sûrs et sans entrave de l’aide humanitaire et des flux commerciaux. Les premiers progrès enregistrés concernant la levée d’obstacles bureaucratiques doivent se poursuivre. Il est urgent en particulier de permettre l’accès aux meuneries de la Mer Rouge et de trouver ensuite, très rapidement, un accord pour que l’axe névralgique entre Sanaa et Hodeïda puisse être utilisé par les acteurs humanitaires. Les accords de Stockholm doivent aussi permettre de protéger les civils – et je pense notamment aux femmes et aux enfants, souvent contraints de quitter leurs foyers à cause du conflit, ce qui les rend très vulnérables - mais également les personnels humanitaires.

Mark Lowcock l’a souligné avec clarté, il est essentiel d’apporter une réponse financière à la crise humanitaire au Yémen. La France annoncera à nouveau, cette année, une contribution au plan de réponse humanitaire. La France a également annoncé apporter une contribution à la facilité de soutien à la paix, présenté en janvier à Berlin. La conférence de Genève est l’occasion pour ce Conseil, pour les acteurs régionaux et plus largement pour la communauté internationale d’envoyer un signal fort de soutien à la population yéménite.

3/ Enfin, c’est mon troisième point, gardons bien à l’esprit que la conclusion d’une solution politique négociée demeure l’objectif à atteindre. C’est pourquoi il est essentiel que nous restions collectivement mobilisés dans notre soutien aux efforts de l’Envoyé spécial. Tout se tient, car sans avancée notable sur le terrain, la perspective de prochains pourparlers s’éloigne. Des messages convergents doivent donc être passés en ce sens aux acteurs yéménites comme régionaux. Nous encourageons ainsi le Représentant spécial à poursuivre ses contacts avec l’ensemble des parties, en vue de continuer à progresser dans la dynamique engagée.

La relance des discussions sur un cadre politique global est la seule voie vers une solution durable au conflit au Yémen qui permettra de répondre à la détresse humanitaire dans laquelle se trouve la population yéménite. Nous soutenons pleinement les efforts de l’Envoyé spécial Martin Griffiths et appelons toutes les parties à prolonger et à traduire en actes la dynamique positive lancée par les pourparlers de Stockholm.

Dans ce chemin exigeant vers la paix au Yémen, l’unité du Conseil de sécurité est notre atout le plus précieux. Ce n’est pas le cas, on le sait, sur toutes les crises - pour parler de manière très diplomatique. Alors sachons utiliser cette unité comme un levier au service d’une solution politique qui aujourd’hui, malgré l’ampleur des difficultés, est à portée de main.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/02/2019

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