"L’horizon 2030 pour atteindre les ODD semble s’éloigner"

DEBAT GENERAL DU FORUM DE L’ONU SUR LE FINANCEMENT DU DEVELOPPEMENT

INTERVENTION DE M. MICHEL MIRAILLET, DIRECTEUR GENERAL DE LA MONDIALISATION, DE LA CULTURE, DE L’ENSEIGNEMENT ET DU DEVELOPPEMENT INTERNATIONAL

ECOSOC

New York, le 26 avril 2022

Mesdames, Messieurs,

Les défis auxquels nous sommes confrontés sont exacerbés par les crises actuelles. La pandémie de Covid-19 continue de sévir, le changement climatique s’accélère, les inégalités se creusent, les conflits armés menacent la stabilité et la paix internationales. A ce titre, la France condamne fermement l’agression militaire non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine, qui met en péril la reprise mondiale.

Au début de la Décennie de l’Action des Nations Unies, l’horizon 2030 pour atteindre les ODD semble s’éloigner. Et à nouveau, ce sont les plus vulnérables qui payent le plus lourd tribut.

Conformément au programme d’Action d’Addis-Abeba nous devons mobiliser des financements de qualité, qui soient en phase avec l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris sur le climat.

Sur le plan quantitatif, les donateurs publics ont été au rendez-vous, avec un niveau record d’aide publique au développement en 2020 et un niveau très important en 2021. Nous saluons la stabilité de cette ressource extérieure publique, qui reste cruciale notamment pour les Pays les moins avancés.

La France y prend toute sa part et conforte la trajectoire à la hausse de son aide. Nous avons fait le nécessaire pour atteindre 0,55% de notre richesse nationale en APD en 2022. Nous nous efforcerons d’atteindre 0,7% en 2025, tel qu’inscrit dans la loi relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, adoptée en 2021.

Par ailleurs, les mesures de relance durable doivent s’appuyer sur une meilleure mobilisation des ressources intérieures, qui doivent être la première source de financement. Cela doit s’accompagner d’une lutte renforcée contre les flux financiers illicites, qui pèsent lourdement sur l’espace fiscal disponible. Ces sujets devraient être davantage reflétés de manière ambitieuse dans nos travaux et discussions.

Un objectif de l’APD doit être de permettre de répondre à la pandémie en cours et de mieux préparer les systèmes de santé aux pandémies à venir. Le renforcement des systèmes de santé est un travail de long terme, qui doit mobiliser tant l’aide internationale (bilatérale et multilatérale) que les ressources domestiques. S’agissant de la réponse à la Covid-19, la France a déjà soutenu la facilité COVAX, pilier vaccin d’ACT-A, à hauteur de 100 M€ en 2020, et autant en 2021. Face à l’urgence, la priorité est l’appui aux campagnes de vaccination dans les pays en développement, que nous finançons à hauteur de 25 M€. La France s’est également engagée à donner 120 millions de doses de vaccins, dont 87 millions ont déjà été cédées à ce jour.

Sur le plan qualitatif, il est urgent de mobiliser davantage d’investissements privés au service du développement durable, alignés avec les ODD et l’Accord de Paris. Il nous faut renforcer la cohérence, l’harmonisation et l’ambition du marché de la finance durable, en s’appuyant notamment sur les recommandations du PNUD et de l’OCDE, sans quoi nos objectifs resteront hors de portée. Les banques publiques de développement, rassemblées au sein du réseau IDFC, ont un rôle important à jouer en ce sens. Nous saluons par ailleurs la création de la plateforme SDG Impact par le PNUD, ainsi que les modèles de financement innovant.

Les financements publics n’échappent pas à cet impératif qualitatif, et doivent cesser de soutenir des activités non-durables. Nous nous félicitons de l’accord au Comité d’aide au développement pour mettre fin au soutien aux énergies fossiles à travers l’APD, et appelons dans le même temps à renforcer les financements en faveur de la biodiversité.

Sur les vulnérabilités liées à la dette publique, nous saluons la réponse immédiate et ambitieuse de la communauté internationale, avec l’adoption par le G20 et le Club de Paris, de deux initiatives envers les pays les plus pauvres :

L’initiative de suspension du service de la dette a permis de relâcher la contrainte de liquidité, via le report de près de 13 Mds USD d’échéances entre mai 2020 et décembre 2021.

Le cadre commun pour les traitements de dette, dont toutes les parties prenantes doivent accélérer la mise en œuvre pour répondre aux problèmes structurels. Créanciers officiels bilatéraux comme privés doivent y participer de manière comparable.

Enfin, la France a apporté son soutien à l’allocation générale de droits de tirage spéciaux opérée par le FMI en août 2021, afin de renforcer les réserves de change de l’ensemble des pays-membres de cette institution. Nous nous félicitons du montant historique de cette allocation de 650 Mds USD, et nous invitons tous les pays en capacité de le faire à réallouer une portion de leurs DTS au profit des pays en développement, à travers les mécanismes en place au sein du FMI.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 27/04/2022

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