La France accueillera dans 1 an la conférence « Pékin + 25 » [en]

Ouverture de la 63ème session de la Commission de la condition de la femme
Intervention de Mme Marlène Schiappa, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations et Présidente du Conseil de sécurité pour le mois de mars 2019
Assemblée générale – 11 mars 2019

Avant toute chose, j’adresse comme vous tous mes pensées aux familles des victimes du drame survenu lors du crash évoqué et salue la mémoire des victimes

Madame la Présidente,
Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,
Excellences, chers/chères collègues,

C’est pour moi un honneur de m’adresser à la Commission de la condition de la femme pour sa 63ème session en tant que présidente du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Je souhaite avant tout remercier le Secrétaire général des Nations Unies, la Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies et la Présidente de l’ECOSOC pour leurs discours très inspirants.

Le thème retenu par la Commission cette année revêt une importance cruciale. Presque 25 ans après la Conférence de Beijing, ainsi que sa Déclaration et son Programme d’action, la majorité des 4 milliards de personnes qui ne bénéficient d’aucune protection sociale concerne, en effet, les femmes et les filles. En outre, trop souvent, les mesures de protection sociale ne sont pas adaptées. J’espère que nous pourrons trouver ensemble une réponse ambitieuse à ce problème.

Je souhaiterais d’abord exprimer mon soutien aux efforts entrepris par le Secrétaire général et ONU Femmes afin de réaliser concrètement l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, ainsi que l’élimination de toutes formes de violences contre les femmes et les filles, à la fois au sein du système onusien et bien au-delà.

Deuxièmement, en considérant bien les mandats respectifs, le Conseil de sécurité a un rôle capital à jouer pour assurer la mise en œuvre complète de l’agenda « femmes, paix et sécurité », ainsi que toutes les résolutions du Conseil de sécurité qui sont pertinentes à cet égard. L’année 2020 marquera le vingtième anniversaire de la résolution 1325, offrant l’opportunité à chacun et chacune d’entre nous de renforcer nos efforts pour garantir la participation pleine, effective et significative des femmes dans les processus politiques et de paix, à tous les niveaux, ainsi que la prévention et l’élimination de toutes les formes de violences contre les femmes et les filles, y compris les violences sexuelles, dans les situations de conflits armés et d’après-conflit.

Il s’agit de l’une des priorités des présidences jumelées du Conseil de sécurité de la France et de l’Allemagne en mars et en avril.

Les défis liés à la participation des femmes et à leur protection, y compris à travers la prévention et la lutte contre l’impunité, font désormais intégralement partie du travail du Conseil de sécurité, de ses réunions – pas seulement à l’occasion des débats annuels mais aussi lors des sessions consacrées aux différentes zones de conflits – et dans ses produits– atteignant 70% de ses résolutions et 90% de ses déclarations présidentielles. Cette participation trouve une traduction concrète sur le terrain, avec la mise à disposition d‘une expertise en matière de genre et le déploiement progressif des femmes casques bleus au sein des opérations de maintien de la paix. Plus généralement, 76 plans d’actions nationaux et 11 plans régionaux ont été élaborés pour la mise en œuvre de l’agenda « femmes, paix et sécurité ».

Mais il faut redoubler d’efforts et le Conseil doit continuer à prendre des mesures concrètes.

La participation des femmes dans les processus politiques et de paix demeure très faible, même si l’on sait que leur participation rend la paix plus durable. Il s’agit bien sûr d’un problème qui concerne le monde diplomatique : durant les 25 dernières années, les femmes ont représenté seulement 2% des médiateurs et 8% des négociateurs.

Les femmes et les filles sont aussi trop souvent les cibles de violences, particulièrement des violences sexuelles, dans des situations de conflits armés ou d’après-conflit. Nous condamnons ces actes avec la plus grande fermeté. Nous prenons note avec une vive préoccupation que pas moins de 51 groupes sont listés dans le rapport thématique du Secrétaire général de 2018 et que, par exemple, aucun individu associé à Daesh ou Boko Haram n’a été traduit en justice pour des actes de violences sexuelles, alors que ces actes terroristes ont été généralisés et systématisés. Le Conseil continuera de traiter cette question et étudiera avec attention le prochain rapport du Secrétaire général dans les prochaines semaines.

Je souhaiterais désormais dire quelques mots en ma capacité nationale.

L’égalité femmes/hommes n’est plus une option. Ce n’est plus un sujet dont on discute à la fin des rencontres si on en a encore le temps. C’est devenu grâce à un engagement collectif un enjeu majeur en propre et en transversal : éducation, santé, travail, paix, économie, innovation, climat… C’est pourquoi la France mène, depuis un an, une dynamique nouvelle : une véritable diplomatie féministe, pour que l’égalité femmes/hommes devienne une grande cause mondiale.

C’est pourquoi la France accueillera dans un an la grande conférence « Pékin + 25 » sous l’égide de l’ONU.

La France mène une campagne active pour universaliser la Convention d’Istanbul. J’appelle ici solennellement tous les Etats qui voudraient adopter ces standards de lutte contre les violences sexistes et sexuelles à ratifier la Convention d’Istanbul.

Etre efficace en 2019, c’est travailler à un meilleur accès à l’éducation partout dans le monde, pour les jeunes filles comme pour les jeunes garçons. C’est aussi œuvrer à l’émancipation économique des femmes, notamment en Afrique et au Sahel. Pour y parvenir, nous mettrons en place une banque spéciale pour y soutenir l’entrepreneuriat des femmes. La France a par ailleurs créé un fonds de dotation de 120 millions d’euros avec pour objectif de soutenir les mouvements féministes et les ONG, particulièrement dans les pays du Sud.

Le Président de la République a remis la semaine dernière le Prix Simone Veil de la République Française à Madame Aissa Doumara, camerounaise qui lutte courageusement contre les mariages précoces et toutes les violences envers les femmes. A cet égard, j’adresse depuis la tribune de l’ONU un salut de sororité et de soutien de la France à toutes les courageuses militantes féministes qui se battent parfois au péril de leur liberté, comme Nasrine Sotoudeh, Iranienne actuellement en prison qu’Emmanuel Macron a nommée au Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes du G7.

En 2019, le Monde maltraite encore une moitié de l’humanité. Dans le pire des cas, cette moitié de l’humanité est vendue, mariée de force, mutilée, violée, enfermée, chosifiée. Mais aucun pays dans le monde ne lui garantit dans les faits, l’égalité parfaite. Même dans le meilleur des cas, cette moitié de l’humanité sera moins bien payée, chargée davantage des corvées ménagères, davantage harcelée sur les réseaux sociaux, discréditée. Nous ne pouvons plus nous contenter du moins pire des cas, nulle part dans le monde.

Etre féministe, c’est trouver intolérable pour les filles des autres ce que l’on ne tolèrerait pas pour nos propres filles. La France a une double responsabilité cette année, à l’ONU et au G7 : on dit souvent que la France est le pays des droits de l’homme. La France veut, avec vous toutes et tous et pour elles, devenir le pays des droits des femmes.

Je vous remercie.

Dernière modification : 13/03/2019

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