La crise causée par la COVID-19 exacerbe la pauvreté, les inégalités, l’insécurité alimentaire [en]

REUNION DE HAUT NIVEAU DE L’ONU SUR L’ARCHITECTURE DE LA DETTE INTERNATIONALE ET LES LIQUIDITES

INTERVENTION DE M. BRUNO LE MAIRE,
MINISTRE DE L’ECONOMIE, DES FINANCES ET DE LA RELANCE

=Vérifier au prononcé =

New York, le 29 mars 2021

Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,
Chers collègues,

La crise causée par la COVID-19 exacerbe les défis qui affectent l’ensemble des nations : la pauvreté, les inégalités, l’insécurité alimentaire.

Nous appelons donc à une mobilisation financière de la communauté internationale en faveur de tous les pays les plus pauvres qui sont les plus touchés par cette crise et par ses conséquences.

Nous pensons que la meilleure solution est une nouvelle allocation générale de droits de tirage spéciaux par le FMI. La France soutient cette idée depuis 1 an. Avec le Président de la République, nous proposons une allocation ambitieuse de droits de tirage spéciaux, disons 650 milliards de dollars comme l’a proposé récemment la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. Cela permettrait de compléter les réserves de change des pays à faible revenu, et cela dans des délais extrêmement rapides. Pour maximiser les effets de cette allocation, les pays qui le peuvent pourraient aussi prêter une partie de leurs droits de tirage spéciaux à travers les prêts concessionnels du Fonds monétaire international. Ce serait des ressources supplémentaires pour soutenir les pays qui en ont le plus besoin.

Je voudrais également vous dire un mot sur un sujet majeur, à côté de celui du financement, qui est celui des dettes souveraines. Les membres du G20, les membres du Club de Paris, ont décidé en avril 2020 de mettre en œuvre une initiative de suspension du service de la dette. En 2020, cette initiative de suspension du service de la dette a apporté une aide de près de 6 milliards de dollars à près de 46 pays. Comme la crise persiste en 2021, il était important d’étendre cette initiative sur le premier semestre. Le G20 et le Club de Paris discuteront prochainement, lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, d’une possible nouvelle extension jusqu’à la fin de l’année 2021. La France est favorable à cette extension de l’initiative sur le service de la dette jusqu’à la fin de l’année 2021. En parallèle, les pays concernés doivent aussi solliciter un programme auprès du FMI pour envisager des solutions qui soient plus durables.

Après, l’enjeu, c’est l’approche structurelle sur laquelle nous allons pouvoir nous mettre d’accord, qui puisse réellement et définitivement traiter la question du surendettement. Il faut que nous sortions de cette solution transitoire. Elle a été efficace, elle a fonctionné, mais il nous faut une solution durable et définitive à cette question clef du surendettement.

Nous avons donc adopté, le G20 et le Club de Paris, un cadre commun. Ce cadre commun, il a une singularité : il traite les créanciers publics comme les créanciers privés. Il va partir des analyses de soutenabilité de la dette du FMI et de la Banque mondiale, et il va permettre de faire un traitement de la dette coordonné et au cas par cas. Trois pays ont déjà demandé un traitement dans ce cadre : le Tchad, l’Ethiopie et la Zambie. Les créanciers du G20 et du Club de Paris vont travailler pour apporter une réponse appropriée à ces demandes.

Ces traitements de dette vont exiger un effort de tous les créanciers. Les créanciers publics mais aussi les créanciers privés, conformément au principe de comparabilité de traitement. Et c’est cela la vraie nouveauté de ce cadre de traitement durable de la dette. Créanciers privés et créanciers publics s’engagent de façon à ce que l’effort soit équitablement réparti entre tous les créanciers. Ces décisions, concernant l’initiative sur le service de la dette et le cadre commun, doivent continuer à être prises dans le cadre du G20 et du Club de Paris, en concertation étroite avec les institutions financières internationales. Nous encourageons donc le groupe de travail sur la dette à orienter la suite de ses travaux vers les sujets de transparence de la dette et d’endettement soutenable.

Enfin, le troisième grand sujet, c’est de savoir quel modèle de financement durable nous définissons ensemble pour les pays les plus pauvres. La restructuration de la dette, les droits de tirage spéciaux, ne vont pas suffire à couvrir tous les besoins. Donc, ce à quoi nous travaillons avec le Président de la République Emmanuel Macron, pour le Sommet sur le financement des économies africaines qui se tiendra à Paris le 18 mai, ce sont des idées nouvelles, des solutions plus ambitieuses. Notre conviction, c’est que la reprise en Afrique sera tirée par les PME du secteur privé. Et qu’il est donc essentiel de s’appuyer sur ces PME, d’améliorer le climat des affaires, pour que les petites et moyennes entreprises puissent participer à la croissance en Afrique. C’est en tout cas une des grandes ambitions du Sommet que tiendra le Président de la République d’ici quelques semaines.

Je vous souhaite donc à chacun d’entre vous une bonne poursuite des discussions sur ces sujets essentiels. Nous attendons vos propositions et vos recommandations et nous nous engageons, tous, pour soutenir et aider dans cette période si difficile les pays les plus pauvres de la planète.

Dernière modification : 30/03/2021

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