Syrie : le séisme ne peut pas nous faire oublier les réalités de la guerre [en]
SYRIE
INTERVENTION DE MME ISIS JARAUD-DARNAULT,
COORDINATRICE POLITIQUE DE LA FRANCE AUPRÈS DES NATIONS UNIES
AU CONSEIL DE SÉCURITÉ
New York, le 28 février 2023
Merci, Madame la Présidente.
Je remercie Geir Pedersen, Martin Griffiths et Rasha Muhrez pour leurs interventions.
Nous sommes pleinement mobilisés pour aider le peuple syrien.
La France est mobilisée, depuis douze ans, pour aider tous les Syriens par tous les moyens possibles. Après le séisme, nous avons débloqué une aide de 12 millions d’euros et livré 40 tonnes de matériels d’urgence, et nous souhaitons faire plus.
Nous avons salué la mobilisation de Martin Griffiths pour obtenir l’ouverture de plus de points de passage de l’aide à travers la frontière. Nous n’aurions toutefois pas été dans la situation de devoir attendre sept jours si les autres points de passage initialement prévus par le mécanisme transfrontalier n’avaient pas été fermés un à un depuis 2020, malgré l’aggravation continue de la situation humanitaire.
L’aide humanitaire doit être distribuée sans entrave à tous les Syriens dans le besoin. Or, la complexité des opérations humanitaires en Syrie demeure entière, notamment en raison du régime, qui détourne une part substantielle de l’aide qui transite par Damas et a ponctionné des fonds alloués au financement de projets humanitaires.
S’agissant des sanctions, elles ont été adoptées en réponse aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité commis par le régime et ses affidés. Les sanctions européennes n’ont jamais empêché l’acheminement de l’aide humanitaire en Syrie. Les montants des financements alloués par l’Union européenne et ses Etats membres au plan de réponse humanitaire pour la Syrie en sont la preuve – 27 milliards de dollars depuis 2011, je le rappelle. En 2022, la Commission européenne et ses Etats membres ont versé 770 millions de dollars d’aide.
Le 23 février, les Etats membres de l’Union européenne ont adopté une exemption humanitaire temporaire pour une durée de six mois. Cette exemption ne signifie pas que les sanctions empêchaient l’aide humanitaire d’atteindre les populations et de répondre à leurs besoins. Il s’agit simplement d’adapter cet outil à l’urgence liée aux séismes et à permettre aux ONG d’agir avec plus de rapidité.
Je souhaite rappeler l’importance que le Conseil reste saisi de la question de l’aide humanitaire en Syrie qui reste un pays en guerre. Nous réitérons notre appel à un cessez-le-feu national.
Le drame humanitaire du séisme ne peut néanmoins pas nous faire oublier les réalités de la guerre en Syrie.
L’Envoyé spécial s’est rendu à Damas le 13 février. Malheureusement, en dépit de ses efforts, le régime continue de bloquer toute avancée vers une paix durable, sous l’égide des Nations unies, telle que définie par la résolution 2254, adoptée à l’unanimité par ce Conseil.
Le tremblement de terre est un nouveau drame qui s’ajoute aux tragédies subies par les Syriens durant douze ans de guerre : bombardements de populations civiles, utilisation d’armes chimiques, recours systématique à la torture et aux violences sexuelles par le régime. Les Nations unies l’ont largement documenté.
Les Syriens sont les victimes des crimes de guerre commis par le régime et ses affidés. Avant le séisme, les chiffres étaient déjà sans précédent : la brutalité du conflit et la répression du régime ont provoqué un des plus grands mouvements de populations de ce siècle ; par ailleurs, plus de 100 000 personnes sont portées disparues dont la plupart dans les prisons du régime.
Les Syriens demandent justice car sans justice aucune paix durable n’est possible. La France poursuivra sans relâche son combat contre l’impunité. Les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité devront rendre compte de leurs actes.
La position de la France reste claire : en l’absence de processus crédible et inclusif, nous ne renoncerons pas à notre position vis-à-vis du régime syrien, qui doit s’engager dans un processus politique.
Je vous remercie./.